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Maladie d'Aujeszky : une veille vétérinaire se met en place pour les chiens de chasse

Maladie d'Aujeszky : une veille vétérinaire se met en place pour les chiens de chasse
© CoeurDeChasse

Un chien qui flaire une bauge, mordille une carcasse ou saisit un sanglier blessé peut rapporter bien autre chose qu'une plaie à recoudre. La maladie d'Aujeszky circule discrètement dans les populations de suidés sauvages, et le chien de chasse en paie seul le prix. La Fédération nationale des chasseurs (FNC) et l'Ordre national des vétérinaires ont rendu publique le 10 septembre 2026 la mise en place d'un dispositif commun de surveillance et de prévention, construit autour d'un outil de déclaration en ligne et d'une convention sur la vaccination.

Un virus que le sanglier porte sans le montrer

Le sanglier est le réservoir naturel du virus en France. Selon la FNC, il peut être porteur sans présenter le moindre signe clinique : un animal parfaitement sain à l'œil du chasseur est donc susceptible de contaminer un chien lors d'une prise, d'un contact direct ou de la consommation d'abats crus.

Chez le chien, l'issue est tout autre. La FNC rappelle dans sa communication du 10 septembre 2026 que la maladie y est systématiquement mortelle, sans traitement possible une fois les signes installés. C'est ce déséquilibre — un réservoir invisible d'un côté, une impasse thérapeutique de l'autre — qui rend la prévention décisive.

Le sanglier peut être porteur asymptomatique du virus ; chez le chien, la maladie est systématiquement mortelle (Fédération nationale des chasseurs, 10/09/2026).

Pourquoi personne ne savait vraiment où circulait le virus

La FNC indique avoir conduit des études sur cette maladie depuis plusieurs années sans parvenir à une vision précise et chronologique des cas canins. La raison tient à la structure même de l'information : un chien meurt chez son propriétaire ou dans une clinique rurale, le diagnostic reste dans le dossier du cabinet, et rien ne remonte à l'échelle nationale.

Un cas isolé ne dit rien. Plusieurs dizaines de cas datés et situés dessinent en revanche un foyer, une saisonnalité, un mode de contamination dominant. C'est exactement ce passage du cas individuel à la donnée agrégée que le nouveau dispositif cherche à provoquer.

CalypsoVet, la brique qui manquait

Le Réseau d'épidémiosurveillance pour les animaux de compagnie (RESPAC), porté par l'Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie (AFVAC), ouvre le premier dispositif de surveillance consacré spécifiquement à la maladie d'Aujeszky chez le chien. Concrètement, la plateforme CalypsoVet, accessible à tout vétérinaire en exercice, reçoit un module permettant de déclarer les suspicions et d'enregistrer les résultats d'analyses. La FNC en a financé le développement.

L'AFVAC accompagnera l'outil d'une sensibilisation des praticiens au diagnostic et aux moyens de confirmation, avec une attention particulière aux vétérinaires exerçant en milieu rural — ceux qui voient passer les chiens courants et les chiens de rouge. La FNC précise que la documentation ainsi accumulée doit également servir à mobiliser un laboratoire sur un vaccin spécifiquement canin.

ÉlémentAvantÀ partir de septembre 2026
Remontée des cas caninsAucun circuit national dédiéDéclaration dans CalypsoVet, module RESPAC
Connaissance du risqueÉtudes ponctuelles de la FNCCartographie progressive des zones de circulation
Vaccination du chienDémarche individuelle du propriétaireConvention FNC-CNOV et listes départementales de vétérinaires volontaires

Une convention qui déplace la vaccination sur le terrain

Le second volet est juridique. La FNC et le Conseil national de l'Ordre des vétérinaires (CNOV) ont signé une convention reconnaissant que la vaccination des chiens de chasse contre l'Aujeszky répond à un objectif d'intérêt collectif pour la santé des animaux.

La portée est très pratique : les fédérations départementales pourront établir des listes de vétérinaires volontaires, et la convention encadre les dérogations permettant à ces praticiens d'intervenir hors de leur cadre habituel, notamment à l'occasion de rassemblements. Autrement dit, la séance de vaccination collective organisée avant l'ouverture cesse d'être une zone grise.

Willy Schraen, président de la FNC, présente cette alliance comme le moyen de « mieux localiser le risque, mieux informer les chasseurs et faciliter la vaccination ».

Ce que l'équipage peut faire dès cette saison

  • Demander à la fédération départementale si une opération de vaccination collective est prévue avant ou pendant la saison.
  • Signaler au vétérinaire traitant toute mort brutale d'un chien survenue après un contact avec un sanglier : c'est la déclaration qui alimente la carte.
  • Proscrire la distribution d'abats crus de sanglier, quel que soit l'aspect de l'animal prélevé.
  • Séparer sans délai les chiens d'un grand gibier blessé au moment du service, un réflexe qui relève autant du sanitaire que de la sécurité à la chasse.

Le réseau cynégétique confirmé dans son rôle de sentinelle

Le dispositif prolonge une logique déjà à l'œuvre pour d'autres pathologies du sanglier : le chasseur observe, prélève et déclare, et cette masse d'observations devient un outil épidémiologique. La même mécanique structure la surveillance des pestes porcines en faune sauvage et la préparation française à la peste porcine africaine.

La différence tient à la victime : ce n'est pas la filière porcine qui est menacée, mais l'auxiliaire du chasseur. Après l'exposition au coup de chaleur, l'Aujeszky s'ajoute à la liste des risques que la meute encaisse à la place de son conducteur.

D'après la Fédération nationale des chasseurs, 10/09/2026, et Le Chasseur Français, 10/09/2026.

Questions fréquentes

Un sanglier d'apparence saine peut-il contaminer un chien ?
Oui. La Fédération nationale des chasseurs rappelle que le sanglier est le réservoir naturel du virus et qu'il peut le porter sans présenter de symptôme. L'aspect de l'animal prélevé ne constitue donc jamais une garantie, et la prudence vaut aussi bien au moment du ferme qu'à celui de l'éviscération.
Que faire si un chien meurt brutalement après une battue au sanglier ?
Le réflexe utile est d'en parler au vétérinaire traitant plutôt que d'en rester à une explication mécanique. Le praticien dispose désormais d'un module dédié dans CalypsoVet pour déclarer la suspicion et y verser les résultats d'analyses. Sans cette déclaration, le cas reste invisible à l'échelle nationale.
La vaccination du chien contre l'Aujeszky est-elle obligatoire ?
Elle ne l'est pas. La convention signée entre la FNC et le Conseil national de l'Ordre des vétérinaires ne crée aucune obligation : elle facilite l'organisation matérielle et juridique de séances collectives, en particulier lors de rassemblements de chasseurs. La décision reste celle du propriétaire du chien.
Pourquoi évoquer un vaccin spécifique alors que l'on vaccine déjà les chiens ?
La FNC indique que la documentation des cas canins doit permettre de mobiliser un laboratoire sur un vaccin dédié au chien. La perspective est donc à moyen terme et dépend directement du volume de données que les vétérinaires feront remonter au cours des prochaines saisons.
Qui peut déclarer un cas dans CalypsoVet ?
La plateforme est réservée aux vétérinaires en exercice : le propriétaire n'y intervient pas. Le rôle du chasseur est de consulter rapidement et de décrire précisément les circonstances du contact avec le gibier, en particulier la date et le lieu de l'action de chasse.

En résumé

  • Le chien de chasse était jusqu'ici le maillon aveugle de la surveillance de l'Aujeszky : les cas s'arrêtaient au dossier de la clinique sans jamais former une donnée nationale.
  • Le module ouvert dans CalypsoVet corrige ce point en transformant chaque suspicion vétérinaire en information datée et située.
  • La convention signée avec le Conseil national de l'Ordre des vétérinaires sécurise juridiquement les séances de vaccination organisées par les fédérations départementales.
  • Pour l'équipage, la conséquence pratique tient en deux gestes : faire vacciner, et faire déclarer toute mort suspecte après contact avec un sanglier.
  • À terme, la cartographie obtenue conditionne l'espoir d'un vaccin conçu pour le chien plutôt qu'emprunté à la filière porcine.