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Agrainage : l'Aisne suspend le nourrissage du grand gibier tout l'hiver

Agrainage : l'Aisne suspend le nourrissage du grand gibier tout l'hiver
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Dans l'Aisne, la fédération départementale des chasseurs a décidé de suspendre totalement l'agrainage du grand gibier pendant l'hiver qui vient. Selon L'Union, le 19 août 2026, et Chasse Passion, le 20 août 2026, la suspension courra du 15 octobre 2026 au 15 février 2027 et est présentée comme une phase de test, avant une remise à plat plus durable de la pratique.

Vingt mille sangliers prélevés, deux millions d'euros de dégâts

Le département illustre un paradoxe que la plupart des fédérations connaissent : la pression de chasse augmente, les dégâts aussi. Selon Chasse Passion, le 20 août 2026, l'Aisne a prélevé 20 000 sangliers sur la dernière campagne, pour une facture d'indemnisation atteignant deux millions d'euros, supportée par une fédération qui compte 11 000 adhérents.

Rapportée au nombre de chasseurs, cette somme représente près de 180 euros par adhérent et par an, avant même de compter la remise en état des parcelles et le temps passé en constats. C'est cette arithmétique, plus que le débat de principe, qui a fait bouger la ligne.

20 000 sangliers prélevés et deux millions d'euros de dégâts : dans l'Aisne, l'augmentation du tableau n'a pas fait baisser la facture.

Le procès fait à l'agrainage dissuasif

L'agrainage dit dissuasif consiste à distribuer du grain en forêt pour retenir les sangliers loin des cultures. Le président de la fédération de l'Aisne, Nicolas Hansen, cité par Chasse Passion le 20 août 2026, estime que le résultat obtenu est l'inverse de celui recherché : une nourriture disponible en continu améliore l'état corporel des laies et soutient leur reproduction.

Le mécanisme n'a rien de mystérieux. Chez le sanglier, la mise bas dépend étroitement du poids atteint par la femelle : une laie bien nourrie peut se reproduire dès sa première année, là où une population soumise à une disette hivernale voit sa natalité reculer mécaniquement. Nourrir pour éloigner revient donc à entretenir le stock que l'on cherche à réduire.

Ce que la décision change concrètement

 Jusqu'à la campagne 2025-2026Hiver 2026-2027
PratiqueAgrainage dissuasif encadré (points, quantités, périodes)Suspension totale
Période concernéeCadre annuel reconduitDu 15 octobre 2026 au 15 février 2027
Objectif affichéÉloigner les animaux des culturesFreiner la dynamique de population

Le calendrier retenu n'est pas neutre : il couvre le cœur de la saison de battue et s'interrompt avant la période où les semis de printemps deviennent les plus vulnérables.

Une fédération ne légifère pas, elle inscrit la règle dans son schéma

Une précision utile pour comprendre la portée réelle de l'annonce : une fédération départementale n'interdit pas par elle-même. L'agrainage relève du schéma départemental de gestion cynégétique, document élaboré par la fédération, approuvé par le préfet, puis opposable à tous les chasseurs du département.

  • Le schéma fixe les conditions de l'agrainage : lieux, quantités, distances aux cultures et aux routes, périodes autorisées.
  • Le modifier suppose une délibération fédérale, puis une validation préfectorale et une publication.
  • Ne pas en respecter les prescriptions expose à sanction, l'agrainage irrégulier pouvant être requalifié en acte de chasse prohibé.

Autrement dit, tant que le texte modifié n'est pas approuvé et publié, l'annonce reste une orientation. Les chasseurs de l'Aisne devront vérifier la version en vigueur avant le 15 octobre 2026.

Une décision contestée à l'intérieur même du monde de la chasse

La mesure divise les adhérents. Une pétition a été lancée, rapporte Chasse Passion le 20 août 2026, au motif que supprimer l'agrainage maîtrisé en pleine période de semis risque d'envoyer les animaux dans les parcelles plutôt que de les en tenir éloignés. Le président de la fédération reconnaît lui-même qu'une dispersion des hardes est à craindre une fois la ressource retirée.

C'est là le véritable enjeu de l'expérimentation : le retrait de la nourriture produit un effet immédiat de dispersion et un effet différé sur la natalité. Juger la mesure sur le seul bilan des dégâts de l'hiver 2026-2027 reviendrait à ne mesurer que le premier. Les indicateurs de changement écologique appliqués au grand gibier offrent ici une lecture plus honnête qu'un simple tableau de chasse.

Un dossier qui dépasse largement l'Aisne

La question de l'agrainage se pose partout où le système d'indemnisation des dégâts de gibier arrive à saturation. Elle croise aussi un enjeu sanitaire : concentrer des animaux autour d'un point de nourrissage multiplie les contacts, donc la circulation d'agents pathogènes, ce qui figure parmi les points de vigilance de la préparation française face à la peste porcine africaine.

D'autres départements suivront donc le résultat de cette campagne de test avec attention. Les décisions de même nature sont à retrouver dans notre rubrique réglementation de la chasse.

D'après L'Union, 19/08/2026, L'Aisne nouvelle et Chasse Passion, 20/08/2026.

Questions fréquentes

L'agrainage est-il interdit partout en France ?
Non. L'agrainage n'obéit pas à une règle nationale unique mais au schéma départemental de gestion cynégétique de chaque département, approuvé par le préfet. Les conditions varient donc fortement d'un département à l'autre : certains l'encadrent strictement, d'autres le suspendent temporairement, d'autres encore le tolèrent largement.
Quelle différence entre agrainage dissuasif et nourrissage ?
L'agrainage dissuasif consiste à distribuer de faibles quantités de grain, de façon dispersée et en forêt, pour maintenir les sangliers loin des cultures. Le nourrissage vise au contraire à soutenir une population par un apport abondant. La frontière est ténue sur le terrain : ce sont la quantité et la régularité de l'apport qui font basculer d'une pratique à l'autre.
Que risque un chasseur qui agraine hors des règles du schéma ?
Le schéma départemental étant opposable, ne pas en respecter les prescriptions constitue une infraction. Selon les circonstances, l'agrainage irrégulier peut être poursuivi comme acte de chasse prohibé, notamment lorsqu'il sert en réalité à attirer le gibier à portée d'un poste de tir.
Supprimer l'agrainage fait-il baisser les populations dès la première année ?
Non. L'effet attendu passe par la condition physique des laies, donc par la reproduction, ce qui décale le résultat d'au moins une saison. La première année montre surtout une redistribution des animaux sur le territoire, qui peut se traduire par des dégâts déplacés plutôt que réduits.
L'agrainage a-t-il un lien avec le risque de peste porcine africaine ?
Oui, indirectement. Rassembler des sangliers autour d'un même point de nourrissage multiplie les contacts entre animaux et avec d'éventuels restes alimentaires, deux facteurs qui favorisent la circulation d'agents pathogènes. La réduction des points d'agrainage figure d'ailleurs parmi les mesures envisagées en cas de foyer déclaré.

En résumé

  • L'Aisne fait le pari inverse de l'agrainage dissuasif : plutôt que de retenir les sangliers en forêt par la nourriture, elle coupe la ressource quatre mois durant pour peser sur la natalité.
  • Le calendrier choisi couvre le cœur de la saison de battue et s'arrête avant les semis de printemps, ce qui limite le risque agricole le plus immédiat.
  • Tant que le schéma départemental modifié n'est pas approuvé par le préfet et publié, l'annonce reste une orientation : c'est la version en vigueur au 15 octobre qui fera foi sur le terrain.
  • Le bilan de l'hiver 2026-2027 mesurera surtout la dispersion des animaux ; l'effet recherché sur la reproduction ne sera lisible qu'après plusieurs campagnes, et au travers d'indicateurs de population plutôt que du tableau de chasse.