Grand tétras et lagopède alpin : la protection pérenne remplace les moratoires
Le grand tétras et le lagopède alpin sortent définitivement de la liste des espèces chassables. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a annoncé leur classement parmi les espèces protégées dans un entretien publié le 7 septembre 2026 par La Dépêche du Midi, qui indique que le texte doit paraître au Journal officiel le mardi 8 septembre. Pour ces deux galliformes de montagne, la nouveauté n'est pas l'arrêt du prélèvement : il avait déjà eu lieu. C'est la nature juridique de leur protection qui change.
Deux oiseaux que la chasse avait déjà quittés
Le coq de bruyère n'était plus chassable depuis 2022 et un moratoire du Conseil d'État, rappelle La Dépêche du Midi dans son entretien du 7 septembre 2026. Le lagopède alpin, lui, figurait encore parmi les espèces chassables : c'est en mars 2026 que le Conseil d'État a demandé au gouvernement d'en suspendre à son tour la chasse, selon la même source. Dans les Hautes-Pyrénées, il n'était de toute façon plus prélevé depuis le début des années 2000.
Cette succession de suspensions est précisément ce que la ministre dit avoir voulu interrompre : « continuer à prendre des moratoires les uns après les autres n'avait aucun sens », explique-t-elle à La Dépêche du Midi, après avoir demandé un état des populations. Les projets d'arrêtés avaient été soumis à consultation publique jusqu'au 4 août 2026, d'après la Ligue pour la protection des oiseaux.
Ce qu'un moratoire ne permettait pas
Un moratoire suspend un prélèvement, rien de plus. Il est temporaire, il se renouvelle, et il se plaide : chaque campagne ramène son contentieux. Le classement au titre des espèces protégées relève d'un autre régime, celui de l'article L. 411-1 du code de l'environnement, et porte bien au-delà du coup de fusil. C'est la différence que résume le tableau ci-dessous.
| Critère | Moratoire de chasse | Classement en espèce protégée |
|---|---|---|
| Durée | Temporaire, à reconduire | Pérenne, sur tout le territoire métropolitain |
| Ce qui est visé | Le seul prélèvement | Destruction, capture, perturbation intentionnelle |
| Habitat | Non couvert | Protégeable, notamment par arrêté de biotope |
| Solidité juridique | Rediscuté à chaque saison | Statut stable une fois l'arrêté définitif |
| Financements | Sans effet | Accès facilité aux fonds européens, selon la ministre |
Ce que le classement change pour qui pratique en montagne
Aucun chasseur ne perd un gibier qu'il prélevait encore. En revanche, le périmètre de ce qui est répréhensible s'élargit, et il concerne tous les usagers du massif, pas seulement les porteurs de fusil.
- La perturbation intentionnelle des oiseaux devient sanctionnable, en dehors même de toute action de chasse.
- Les habitats — places de chant, zones d'hivernage — peuvent être protégés par des arrêtés dédiés.
- Les zones de quiétude déjà en place restent le principal outil de terrain, et pourraient être élargies selon la ministre.
- Un plan national d'action décennal est annoncé, ce qu'un simple moratoire ne permettait pas de déclencher.
- Les suivis de population menés avec les fédérations départementales gardent tout leur intérêt : c'est sur eux que reposera l'évaluation du plan.
Aucune espèce d'oiseau n'avait été classée protégée en France depuis 2009, selon la ministre de la Transition écologique dans La Dépêche du Midi du 7 septembre 2026.
Une décision que le monde cynégétique conteste
La Fédération nationale des chasseurs s'était opposée au projet dès le printemps 2026, rapportait alors chassepassion.net. L'argument avancé côté cynégétique ne porte pas sur l'état des populations, que personne ne conteste sérieusement : il porte sur les moyens. Tant que les deux espèces restaient inscrites au tableau, même sans être tirées, les fédérations concernées finançaient l'entretien des biotopes, le débroussaillage des places de chant et les comptages. La question posée est celle du relais.
Elle n'est pas rhétorique. Le grand tétras des Pyrénées a perdu près de 80 % de ses effectifs depuis 1960, chiffre repris par le réseau Faune sauvage en avril 2026. Reconstituer une population de galliforme forestier suppose des interventions lourdes sur le milieu — ouverture de clairières, réduction des collisions avec les câbles — que la seule interdiction ne finance pas. C'est d'ailleurs la ligne défendue par la ministre, pour qui protéger suppose aussi de restaurer l'habitat.
La suite se joue sur l'habitat, pas sur le fusil
Le classement s'inscrit dans le plan national de restauration de la nature que la France devait déposer à Bruxelles début septembre 2026. Autrement dit, la sortie de la liste des gibiers n'est pas l'aboutissement du dossier mais son point de départ administratif : elle ouvre l'accès aux financements et rend possible un plan d'action sur dix ans. Pour les pratiquants de montagne, l'enjeu des prochaines saisons sera moins la réglementation du tir — déjà réglée depuis quatre ans pour le tétras — que la capacité des acteurs locaux, chasseurs compris, à rester associés aux comptages et à l'entretien des milieux.
Sur le reste du calendrier cynégétique, la ministre affirme par ailleurs vouloir défendre la chasse traditionnelle à la palombe et maintenir le dialogue annuel sur les quotas. Le message est cohérent avec la méthode qu'elle décrit : un examen espèce par espèce, appuyé sur l'état des populations, plutôt qu'une position de principe. Reste que le précédent est net, puisqu'il s'agit du premier classement d'oiseau depuis dix-sept ans. Nos analyses de la réglementation de la chasse suivent ces arbitrages dossier par dossier, du changement de statut du loup et de son quota à la liste des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts, en passant par le chemin inverse suivi par la tourterelle des bois, revenue au tableau avec un quota.
D'après La Dépêche du Midi, 07/09/2026.
Questions fréquentes
- Le grand tétras était-il encore chassable avant ce classement ?
- Non. Selon La Dépêche du Midi, sa chasse était suspendue depuis 2022 par un moratoire du Conseil d'État. Le classement en espèce protégée ne ferme donc pas une chasse en cours : il remplace une suspension temporaire par un statut permanent.
- Quelle différence concrète entre un moratoire et un classement en espèce protégée ?
- Le moratoire suspend le seul prélèvement, pour une durée limitée et renouvelable. Le classement interdit de façon pérenne la destruction, la capture et la perturbation intentionnelle des individus, et permet de protéger leurs habitats, par exemple au moyen d'un arrêté de protection de biotope.
- Un randonneur ou un skieur peut-il être concerné par cette protection ?
- La perturbation intentionnelle devient sanctionnable pour tous les usagers de la montagne, pas seulement pour les chasseurs. Dans les faits, la ministre de la Transition écologique privilégie l'information et l'élargissement des zones de quiétude plutôt que la restriction d'accès aux massifs.
- Les comptages menés avec les fédérations de chasseurs vont-ils s'arrêter ?
- Rien ne l'impose et tout plaide contre. Un plan national d'action décennal a besoin d'un suivi de population fiable, et les réseaux de comptage existants reposent largement sur des observateurs de terrain, chasseurs compris. C'est le financement de ces suivis, davantage que leur principe, qui fait débat.
- D'autres espèces chassables sont-elles menacées d'un classement identique ?
- Aucune n'est annoncée à ce jour. La ministre indique dans La Dépêche du Midi qu'aucun oiseau n'avait été classé protégé depuis 2009 et qu'elle entend défendre la chasse traditionnelle à la palombe, en examinant chaque espèce selon l'état de ses populations.
En résumé
- Le prélèvement des deux espèces avait déjà cessé : le classement ne ferme pas une chasse encore pratiquée, il stabilise une situation qui se rejouait à chaque saison devant le juge.
- L'effet le plus concret porte sur la perturbation intentionnelle et sur l'habitat, deux terrains qu'un moratoire de chasse ne couvrait pas.
- Le statut d'espèce protégée débloque l'accès à des financements, notamment européens, et rend possible un plan national d'action sur dix ans.
- La question laissée ouverte est celle du relais : les fédérations finançaient comptages et entretien des places de chant tant que les espèces restaient inscrites au tableau.
- Pour les pratiquants de montagne, l'enjeu des prochaines saisons se déplace du calendrier de chasse vers la restauration des milieux et le maintien des suivis de population.