Forêt et grand gibier : la feuille de route remise au gouvernement fixe 2028 pour les quotas
Remis le 1er septembre 2026 au ministère de la Transition écologique, le rapport final du Comité technique national de l'équilibre sylvo-cynégétique arrive au moment où les deux mondes qu'il prétend rapprocher n'ont jamais été aussi éloignés. D'un côté des forestiers qui replantent et voient leurs jeunes plants abroutis ; de l'autre des chasseurs sommés d'augmenter des prélèvements dont ils contestent le fondement chiffré. Le document, présenté par la sénatrice de la Côte-d'Or Anne-Catherine Loisier, ne tranche pas ce débat : il propose d'en changer les règles d'arbitrage.
Un comité né des dégâts sylvicoles, pas d'une polémique
Selon Le Chasseur Français, le 3 septembre 2026, la remise s'est faite en main propre à Mathieu Lefèvre, représentant le ministère de la Transition écologique. Anne-Catherine Loisier, qui préside au Sénat le groupe d'études Forêt et filière bois, pilote les travaux de ce comité depuis leur lancement en 2024, avec un budget dédié.
La composition du comité est son principal apport. Il réunit à la même table la filière forestière et le monde cynégétique, là où le désaccord se réglait jusqu'ici territoire par territoire, sans doctrine commune ni méthode partagée. C'est ce cloisonnement que le rapport attaque, davantage que le niveau des populations lui-même.
Un calendrier en trois temps jusqu'en 2030
La feuille de route ne demande aucune décision immédiate. Toujours selon Le Chasseur Français, le 3 septembre 2026, elle s'échelonne ainsi :
- 2026-2027 : expérimentations sur des sites pilotes, portant à la fois sur de nouvelles méthodes de régulation et sur la protection des plants.
- 2028 : évaluation des retours de terrain, puis ajustement des quotas de prélèvements à partir des données scientifiques recueillies.
- 2029-2030 : évolutions réglementaires nationales destinées à pérenniser des outils d'arbitrage en cas de blocage entre forestiers et chasseurs dans les zones en surpression.
L'étape décisive est celle de 2028. Jusqu'à présent, une attribution de plan de chasse contestée se discutait sur des appréciations que chaque partie pouvait récuser. Adosser l'ajustement à un jeu de données produit en commun déplace le rapport de force : celui qui réclamera davantage de prélèvements devra le démontrer, et celui qui les refusera aussi.
Un baromètre pour sortir du dire d'expert
L'outil sur lequel repose cette bascule existe déjà. Développé conjointement par l'Office français de la biodiversité et l'INRAE, le Baromètre Forêt-Ongulés centralise les données à l'échelle nationale. Il s'appuie sur les trois familles d'indicateurs de changement écologique que les fédérations déploient depuis des années sur le terrain.
| Famille d'indicateurs | Ce qu'elle mesure | Sur quoi elle repose |
|---|---|---|
| Abondance | Le nombre d'animaux présents | Variations des tableaux de chasse et observations de terrain sur cerf, chevreuil et sanglier |
| État des populations | L'adéquation entre les densités et la capacité d'accueil du milieu | Indicateurs biologiques, dont le poids des jeunes animaux |
| Pression sur la flore | L'effet réel des ongulés sur le peuplement | Taux d'abroutissement et d'écorçage relevés sur les jeunes pousses |
Le troisième indice est le plus lourd de conséquences, parce qu'il inverse la question posée. Il ne demande plus combien il y a de chevreuils, mais si la forêt parvient à se renouveler malgré eux, ce qui permet de cartographier les zones en déséquilibre sans passer par un comptage contesté. Nous avions détaillé cette logique dans notre article sur les indicateurs de changement écologique appliqués au grand gibier.
Des millions d'euros que l'abroutissement peut effacer
L'objectif national que cette feuille de route doit sécuriser : renouveler 10 % de la forêt française d'ici 2030.
Le lien avec le portefeuille est direct. Selon Le Chasseur Français, le 3 septembre 2026, la campagne 2025 a mobilisé 150 millions d'euros au titre de France 2030 et de France Nation Verte pour le renouvellement forestier et l'adaptation au changement climatique, avec des aides couvrant 65 % à 80 % des coûts de reboisement et un engagement de réussite des plantations sur cinq ans.
C'est ce dernier point qui explique la pression exercée sur le monde cynégétique. Un propriétaire aidé doit justifier de la reprise de ses plants ; si le grand gibier les consomme, l'investissement public est perdu et la responsabilité de l'échec se cherche ailleurs que dans la sylviculture. L'équilibre forêt-gibier cesse alors d'être un débat technique pour devenir une condition de versement.
Ce que le chasseur verra changer sur son territoire
Rien avant 2028, sauf sur les sites pilotes. Ensuite, trois conséquences pratiques se dessinent : des attributions davantage adossées à des relevés de flore qu'à des estimations d'effectifs, une pression accrue sur les secteurs identifiés comme en surpression, et l'apparition d'une procédure d'arbitrage là où le dialogue local échoue.
Le rapport encourage par ailleurs des actions de gestion portées par les acteurs du territoire. C'est la nuance à retenir : la méthode se nationalise, la responsabilité reste locale. Les fédérations, qui portent déjà un système d'indemnisation des dégâts de gibier qu'elles disent à bout, héritent d'un dossier de plus, dans la lignée de leur entrée au comité stratégique national de la haie. Nos suivis sur la gestion des milieux sont réunis dans la rubrique Territoires.
D'après Le Chasseur Français, 03/09/2026.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce que l'équilibre sylvo-cynégétique ?
- C'est l'état dans lequel les populations de grands ongulés peuvent vivre sur un territoire sans empêcher la forêt de se régénérer, naturellement ou par plantation. Il se juge sur l'état des jeunes pousses, et pas seulement sur le nombre d'animaux présents. Quand il est rompu, les plants sont abroutis ou écorcés avant d'atteindre la taille qui les met hors d'atteinte.
- Ce rapport change-t-il les plans de chasse dès cette saison ?
- Non. Le calendrier prévoit d'abord des expérimentations sur des sites pilotes en 2026 et 2027. L'ajustement des quotas de prélèvements n'est annoncé qu'à partir de 2028, après évaluation de ces retours de terrain. Les attributions de la saison en cours restent fixées selon les procédures habituelles.
- Qu'est-ce que l'abroutissement, et pourquoi sert-il d'indicateur ?
- L'abroutissement est la consommation des bourgeons, pousses et jeunes rameaux par les ongulés ; l'écorçage est l'arrachage de l'écorce des tiges. Ces dommages se relèvent directement sur le terrain et se comptent, contrairement aux effectifs d'animaux qui restent des estimations. C'est ce qui en fait un indicateur difficile à récuser pour l'une comme pour l'autre partie.
- Un chasseur peut-il encore contester une attribution fondée sur ces données ?
- Les voies de recours contre une décision d'attribution restent celles du droit commun, devant la juridiction compétente. Ce que change l'adossement à des données partagées, c'est la nature du débat : la contestation portera sur la méthode de relevé ou son application locale, et non plus sur l'appréciation générale de la situation.
- Qui siège dans ce comité technique national ?
- Il réunit les acteurs de la filière forestière et ceux du monde de la chasse, sous le pilotage de la sénatrice Anne-Catherine Loisier, présidente du groupe d'études Forêt et filière bois au Sénat. C'est cette composition mixte qui distingue la démarche des arbitrages menés jusqu'ici département par département.
En résumé
- Le comité créé en 2024 a livré son rapport final : il ne fixe pas de nouveaux quotas, il définit la méthode qui servira à les fixer.
- Le point de bascule est 2028, quand l'ajustement des prélèvements devra s'appuyer sur des données partagées plutôt que sur des appréciations locales.
- L'indice de pression sur la flore change la nature du débat, puisqu'il mesure la capacité de la forêt à se renouveler et non les effectifs d'ongulés.
- L'enjeu financier explique la pression exercée : les aides au reboisement imposent un engagement de réussite des plantations sur cinq ans.
- À terme, les attributions de plan de chasse seront davantage adossées à des relevés de terrain, avec une procédure d'arbitrage là où le dialogue local échoue.