Agrainage dans l'Aisne : un référendum la veille de l'ouverture
La fédération départementale des chasseurs de l'Aisne va demander leur avis à ses 11 000 adhérents sur la mesure la plus discutée de son nouveau schéma départemental de gestion cynégétique : l'arrêt de l'agrainage du sanglier pendant quatre mois d'hiver. Selon Chasse Passion, le 24 août 2026, le président Nicolas Hansen a fixé cette consultation au samedi 19 septembre 2026, avec un vote ouvert aux adhérents à jour de cotisation, par voie dématérialisée et physique.
La date n'a rien d'anodin. Elle tombe la veille de l'ouverture générale, quand les sociétés de chasse sont au complet et que la saison occupe toutes les conversations. Le président assume par ailleurs vouloir défendre sa position sur le terrain avant le scrutin.
Une décision prise avant l'arrivée du président qui la porte
L'interdiction court du 15 octobre au 15 février et figure dans le schéma départemental couvrant la période 2026-2032. Chasse Passion précise, le 24 août 2026, que le conseil d'administration l'avait actée dès la fin 2025, donc avant l'élection de Nicolas Hansen à la présidence, intervenue en juillet 2026.
Ce détail de calendrier explique une part de la vivacité des réactions : les adhérents ont découvert au mois d'août une mesure votée neuf mois plus tôt, au moment précis où le nouveau président en devenait le visage.
Vingt mille sangliers prélevés dans l'Aisne sur la dernière campagne, et deux millions d'euros de dégâts indemnisés malgré tout : c'est ce décalage, rapporté par Chasse Passion le 20 août 2026, qui fonde la décision fédérale.
Ce qu'un référendum fédéral peut réellement produire
Une consultation des adhérents n'existe nulle part dans le code de l'environnement. Le schéma départemental de gestion cynégétique est arrêté par le préfet pour six ans, après avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage, et c'est l'article L. 425-2 du code de l'environnement qui range expressément l'agrainage parmi les matières qu'il doit traiter.
Autrement dit, le vote du 19 septembre ne modifiera pas d'un mot le texte applicable au 15 octobre. Sa portée est ailleurs :
- il mesure l'écart entre le conseil d'administration et la base, à un moment où une pétition circule déjà chez les opposants ;
- il donne ou retire au président la légitimité de tenir la mesure jusqu'au bout de sa phase de test ;
- un rejet net obligerait le conseil d'administration à envisager une révision du schéma, procédure lourde qui suppose de repasser devant le préfet ;
- il fixe publiquement une position départementale, utile dans les discussions avec la profession agricole sur les dégâts.
La contestation est venue du département voisin
La controverse a franchi les limites de l'Aisne. Jacky Desbrosse, qui préside la fédération de la Marne et la structure régionale du Grand Est, a déclaré à L'Union, le 23 août 2026, que la mesure n'était selon lui « pas une bonne idée », en faisant valoir que le Grand Est avait déjà éprouvé ce type de restriction sans résultat probant.
L'argument axonais est de sens inverse et repose sur une autre échelle de temps : le président de la fédération de l'Aisne soutient que l'effet d'un arrêt du grain ne se lit qu'à grande échelle et sur plusieurs saisons, et il vise nommément les territoires loués cher où l'on nourrit le gibier tout en épargnant les femelles.
Un calendrier serré jusqu'au 15 octobre
| Étape | Date |
|---|---|
| Adoption de la mesure par le conseil d'administration | fin 2025 |
| Élection de Nicolas Hansen à la présidence | juillet 2026 |
| Publication de la décision et lancement d'une pétition | 19-20 août 2026 |
| Référendum des adhérents | 19 septembre 2026 |
| Ouverture générale de la chasse | 20 septembre 2026 |
| Entrée en vigueur de l'interdiction d'agrainer | 15 octobre 2026 |
Ce que l'hiver dira du pari axonais
La fenêtre choisie recouvre les semis d'automne et la période des battues, deux moments où les torts sont les plus faciles à imputer. Si les dégâts de printemps reculent, la fédération tiendra sa démonstration ; s'ils progressent, les partisans d'un agrainage maîtrisé rappelleront qu'un sanglier privé de grain en forêt cherche sa ration ailleurs. La question rejoint celle, plus large, de l'indemnisation des dégâts de gibier que les fédérations disent à bout de souffle, et celle des recours ouverts au détenteur de droit de chasse mis à contribution.
Le détail de la mesure et la mécanique du schéma départemental ont été exposés dans notre article sur la suspension du nourrissage du grand gibier dans l'Aisne, et les autres décisions de ce type sont suivies dans notre rubrique réglementation de la chasse.
D'après Chasse Passion, 24/08/2026, et L'Union, 23/08/2026.
Questions fréquentes
- Le résultat du référendum s'imposera-t-il à la fédération de l'Aisne ?
- Non. La consultation des adhérents n'est pas une procédure prévue par le code de l'environnement et ne produit aucun effet juridique. Elle engage politiquement le conseil d'administration, qui reste seul compétent pour proposer une modification du schéma départemental, laquelle devrait ensuite repasser devant le préfet.
- Qui pourra voter le 19 septembre 2026 ?
- Les adhérents de la fédération à jour de leur cotisation, soit le corps électoral habituel des assemblées générales fédérales. Le vote est annoncé sous double forme, dématérialisée et physique, ce qui permet de toucher des chasseurs déjà occupés par les préparatifs de l'ouverture du lendemain.
- Un chasseur qui agraine malgré l'interdiction risque-t-il quelque chose ?
- Oui. Les prescriptions du schéma départemental de gestion cynégétique sont opposables aux chasseurs du département et leur méconnaissance est sanctionnée. Le détenteur du droit de chasse s'expose en outre à voir sa responsabilité discutée dans le calcul des dégâts imputés à son territoire.
- Pourquoi la période retenue commence-t-elle au 15 octobre et non à l'ouverture ?
- À partir de la mi-octobre, la glandée s'épuise et les cultures d'hiver lèvent : c'est le moment où une ressource alimentaire concentrée pèse le plus sur la condition physique des laies, juste avant les chaleurs hivernales. Agrainer plus tôt, en pleine abondance forestière, change beaucoup moins la donne.
En résumé
- Le vote du 19 septembre ne changera rien au droit en vigueur le 15 octobre : le schéma départemental 2026-2032 s'appliquera tel qu'il a été approuvé.
- Sa portée est politique, et elle est réelle : un désaveu massif obligerait le conseil d'administration à rouvrir un texte qui engage la fédération pour six ans.
- Le débat oppose deux lectures de l'agrainage dissuasif, l'une qui y voit un outil de détournement des cultures, l'autre un soutien involontaire à la reproduction des laies.
- La fédération de la Marne, qui préside aussi la structure régionale du Grand Est, juge publiquement la mesure inefficace, ce qui déplace la controverse au-delà des limites du département.
- Les chasseurs axonais devront de toute façon composer avec un hiver sans grain, une période qui recouvre les semis d'automne et le cœur des battues.