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Martinique : quatre oiseaux retirés de la saison de chasse 2026-2027

Martinique : quatre oiseaux retirés de la saison de chasse 2026-2027
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La saison cynégétique martiniquaise 2026-2027 avait été ouverte le 26 juillet par un arrêté préfectoral signé neuf jours plus tôt. Trois semaines après le premier coup de fusil, le juge des référés en a retiré une partie du contenu.

Saisi par cinq associations de protection de la nature, le tribunal administratif de la Martinique a suspendu le mercredi 12 août 2026 plusieurs dispositions de ce texte, selon RCI Martinique (14 août 2026). Quatre espèces d'oiseaux sortent de fait de la liste des gibiers chassables pour la campagne en cours.

Quatre espèces retirées, treize demandées

Les quatre oiseaux visés par l'ordonnance sont le pluvier bronzé, le bécasseau à échasses, le pigeon à cou rouge et le moqueur corossol. Le juge a estimé que leur chasse n'était pas compatible avec leur état de conservation.

Deux d'entre eux, le pigeon à cou rouge et le moqueur corossol, figurent en « quasi menacé » sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature, rappelle RCI Martinique. Ce sont aussi les deux seules espèces sédentaires nicheuses de la liste : les deux autres sont des limicoles migrateurs de la voie de l'Atlantique ouest.

Les associations demandaient le retrait de treize espèces. Le juge des référés n'en a retenu que quatre, soit moins d'un tiers de leur requête.

La présidente de l'Association pour la sauvegarde et la réhabilitation de la faune des Antilles a mis en avant, auprès de la même radio, le manque de données locales : ni effectifs chiffrés, ni dynamique de reproduction connue, donc pas de base pour fixer un prélèvement soutenable.

Un arrêté qui avait pourtant déjà resserré les vannes

Le texte suspendu n'était pas un blanc-seing. L'arrêté préfectoral du 17 juillet 2026, publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture, interdisait déjà purement et simplement la chasse de sept espèces sur toute la saison :

  • le pigeon à couronne blanche et la colombe à queue noire ;
  • le courlis hudsonien, la barge hudsonienne et le petit chevalier à pattes jaunes, trois limicoles dont la protection a été mise à l'ordre du jour de la Convention sur les espèces migratrices en mars 2026 ;
  • le bécassin roux et le pluvier argenté.

Son article 4 plafonnait par ailleurs les prélèvements espèce par espèce : dix pigeons à cou rouge par jour et par chasseur pour un quota annuel de 10 000 oiseaux, trois moqueurs corossol par jour pour 300 sur la saison, vingt limicoles par jour tous confondus. Ces quotas sont désormais sans objet pour les quatre espèces suspendues. Le même mécanisme de quota national de prélèvement soumis à consultation publique encadre, en métropole, le fuligule milouin et la tourterelle des bois.

Troisième saison de suite, mais deux mois plus tôt

Le contentieux n'a rien d'inédit : c'est la troisième campagne consécutive qu'un arrêté d'ouverture martiniquais est partiellement suspendu. Ce qui change en 2026, c'est la date.

SaisonDate de l'ordonnanceEspèces suspendues
2024-20258 octobre 20244 : pigeon à cou rouge, moqueur corossol, pluvier bronzé, chevalier semipalmé
2025-20262 octobre 20258, dont la sarcelle à ailes bleues et la bécassine de Wilson
2026-202712 août 20264 : pluvier bronzé, bécasseau à échasses, pigeon à cou rouge, moqueur corossol

Les deux ordonnances précédentes, rendues début octobre, laissaient passer plus de deux mois de chasse avant de produire effet. Or la saison du pigeon à cou rouge et du moqueur corossol se referme le 30 novembre. Une suspension prononcée le 12 août mord donc sur l'essentiel de leur période d'ouverture, là où celles de 2024 et 2025 n'en amputaient que le dernier tiers. À nombre d'espèces égal, la décision de 2026 est la plus lourde des trois.

Ce calendrier n'est pas un hasard de procédure : il tient à l'urgence, condition de recevabilité du référé-suspension. Plus l'arrêté est attaqué tôt, plus le juge peut retenir que les prélèvements ne sont pas encore réalisés. La démonstration exigée reste la même que dans les autres contentieux cynégétiques, où le juge rappelle qu'un arrêté doit être motivé par des éléments établis, et non par une simple affirmation de l'administration.

Ce que cela change sur le terrain

Pour le chasseur martiniquais, l'ouverture générale reste acquise jusqu'au 31 janvier 2027 et l'arrêté continue de s'appliquer à toutes les espèces non visées : anatidés, tourterelles, moqueur grivotte, bécassine de Wilson. Les obligations de suivi ne bougent pas non plus. Le carnet de prélèvement doit être renseigné au moment même de la prise et sur le lieu de capture, l'oiseau bagué, étiqueté ou déclaré sur ChassAdapt, et le carnet remis à la fédération départementale avant le 1er mars 2027.

Ce point n'est pas anecdotique. L'arrêté prévoit que l'Office français de la biodiversité publie avant le 31 octobre 2027 une analyse de ces carnets. C'est précisément le type de donnée dont l'absence est reprochée à l'administration devant le juge. Comme dans les arrêtés de vénerie sous terre attaqués en métropole, la fragilité juridique tient moins au principe de la chasse qu'à la qualité des chiffres qui la justifient. Les autres décisions récentes sont suivies dans notre rubrique réglementation de la chasse.

D'après RCI Martinique, 14/08/2026, et l'arrêté préfectoral n° R02-2026-07-17-00002 du 17 juillet 2026 publié par la DEAL de la Martinique.

Questions fréquentes

La suspension vaut-elle définitivement pour la saison 2026-2027 ?
Non. Une ordonnance de référé est une mesure provisoire qui gèle l'exécution des dispositions attaquées en attendant que le tribunal statue au fond. Tant que ce jugement n'est pas rendu, les quatre espèces restent hors chasse, mais la décision peut être revue ensuite.
Un chasseur ayant prélevé ces oiseaux avant le 12 août est-il en infraction ?
Non. La suspension produit ses effets pour l'avenir et ne rend pas illégaux les prélèvements réalisés auparavant, quand l'arrêté était pleinement applicable. Ces oiseaux doivent en revanche figurer au carnet de prélèvement comme n'importe quelle autre prise de la saison.
Faut-il quand même rendre son carnet de prélèvement ?
Oui. L'obligation posée par l'arrêté du 17 juillet 2026 n'est pas touchée par l'ordonnance : le carnet est remis à la fédération départementale des chasseurs de la Martinique avant le 1er mars 2027. La fédération transmet ensuite une synthèse au préfet et à l'Office français de la biodiversité avant le 1er mai 2027.
Le pigeon à cou rouge devient-il une espèce protégée ?
Non. Il reste inscrit sur la liste des gibiers dont la chasse est autorisée en Martinique, fixée par l'arrêté ministériel du 17 février 1989 modifié. C'est son ouverture pour la seule campagne 2026-2027 qui est suspendue, pas son statut d'espèce chassable.
Pourquoi ces recours reviennent-ils chaque année en Martinique ?
Le département cumule des espèces sédentaires quasi menacées et des limicoles migrateurs en déclin sur la voie de l'Atlantique ouest, avec un suivi des populations encore lacunaire. Faute de chiffres solides sur les effectifs et la reproduction, le juge des référés dispose de peu d'éléments pour écarter le doute sur l'état de conservation.

En résumé

  • L'ouverture générale reste valable jusqu'au 31 janvier 2027 pour toutes les espèces non visées par l'ordonnance.
  • La date de la décision pèse davantage que son périmètre : prononcée le 12 août, elle ampute l'essentiel de la saison du pigeon à cou rouge et du moqueur corossol, qui se referme le 30 novembre.
  • Le référé ne règle que l'urgence ; l'arrêté du 17 juillet 2026 reste à juger au fond.
  • Les obligations de carnet de prélèvement et de déclaration ChassAdapt demeurent inchangées pour les espèces encore ouvertes.
  • La récurrence du contentieux renvoie à un déficit de données de population, que l'analyse des carnets attendue avant le 31 octobre 2027 pourrait commencer à combler.