Le lièvre d'Europe : biologie, modes de chasse et gestion par le PMA
Le lièvre d'Europe est l'un des rares gibiers que l'on chasse sans plan de chasse national et dont la gestion compte pourtant parmi les plus fines. Lepus europaeus vit à découvert, ne creuse rien et dépend entièrement de la structure du paysage agricole. Deux communes voisines n'offrent donc pas du tout la même chasse.
Un lagomorphe qui vit à découvert
Le lièvre n'est pas un rongeur mais un lagomorphe. Un adulte pèse le plus souvent entre trois et cinq kilos et porte des membres postérieurs démesurés qui font toute sa mécanique de fuite.
Il ne creuse pas de terrier. Il passe la journée au gîte, une dépression grattée en surface, dos au vent, oreilles rabattues, immobile jusqu'au dernier mètre. Cette absence d'abri commande le reste de sa biologie : sa défense tient à la détection précoce et à la vitesse, jamais au refuge. Il gagne les cultures à la nuit et regagne un gîte, rarement le même, avant l'aube.
La confusion avec le lapin de garenne reste courante, alors que presque tout les sépare.
| Critère | Lièvre d'Europe | Lapin de garenne |
|---|---|---|
| Abri | Gîte en surface, jamais de terrier | Terrier creusé, vie souterraine |
| Jeunes | Levrauts poilus, yeux ouverts | Lapereaux nus et aveugles |
| Organisation | Solitaire hors reproduction | Colonie hiérarchisée |
| Fuite | Longue, en crochets, à découvert | Courte, vers le terrier |
Le levraut naît prêt à courir
La hase met bas à même le sol, plusieurs fois dans l'année, un à quatre levrauts par portée. Les petits sont nidifuges : ils naissent couverts de poils, les yeux ouverts, et se dispersent très vite, chacun dans son propre gîte. La mère ne les couve pas : elle les allaite brièvement, en général une fois par nuit, ce qui limite le risque de trahir la portée.
Un levraut naît couvert de poils, les yeux ouverts, et tient sur ses pattes dans l'heure ; un lapereau naît nu et aveugle au fond d'un terrier. Tout l'écart de stratégie entre les deux espèces tient dans cette différence.
La hase présente en outre la superfétation, particularité rare chez les mammifères : elle peut être fécondée alors qu'elle est déjà gestante. L'espèce se reconstitue donc vite, et c'est pourquoi une population de lièvres se juge sur plusieurs saisons et non sur une seule.
Un animal que le paysage fabrique
Le lièvre est une espèce de plaine et de lisière cultivée. Il lui faut deux choses au même endroit : de la nourriture verte et un couvert bas où se coucher le jour. Un openfield moissonné n'offre plus que la première, un boisement fermé que la seconde.
Le calendrier agricole pèse autant que la pression de chasse. Un broyage de jachère en période de mise bas détruit des portées entières, quand un report de quelques semaines suffit à les épargner : nous avons détaillé ailleurs pourquoi retarder le broyeur reste le geste le plus rentable pour la petite faune. Bandes enherbées et haies maintenues produisent des lièvres plus sûrement que n'importe quel lâcher.
Devant soi, au chien courant
Le lièvre se chasse presque toujours à pied, sur un animal levé puis mené. Les modes pratiqués en France se ramènent à quelques familles.
- Devant soi au chien courant, la forme la plus classique : bassets, beagles ou briquets lèvent le lièvre au gîte et le mènent à la voix, le chasseur se plaçant sur les passages que l'animal réutilise en tournant sur son domaine.
- À la billebaude, en quêtant les gîtes probables en bordure de couvert.
- En battue de plaine, traqueurs et postés : un mode qui exige une discipline de tir stricte, le lièvre déboulant bas et vite entre des hommes.
- Au chien d'arrêt, de façon accessoire : le lièvre supporte mal l'arrêt et part souvent hors de portée.
La conduite du chien fait la différence plus sûrement que le fusil : c'est exactement ce que les concours de chiens courants jugent sur le terrain, la justesse du nez et le maintien de la voie sur un animal qui ruse.
Le PMA et le comptage au phare
Le lièvre n'entre pas dans le plan de chasse légal, réservé au grand gibier. Sa gestion passe par le prélèvement maximal autorisé, fixé par le schéma départemental de gestion cynégétique et repris chaque année par l'arrêté préfectoral d'ouverture et de clôture. Selon les départements, il s'accompagne d'un carnet de prélèvement, de bracelets de marquage, de jours de chasse limités ou d'une fermeture anticipée.
Ce plafond ne vaut que s'il repose sur un état des populations. La méthode de référence est l'indice kilométrique d'abondance, relevé de nuit au phare sur des itinéraires fixes, répété chaque année : ce n'est pas un effectif, c'est une tendance. Même logique que les indicateurs utilisés sur le chevreuil et son plan de chasse, mesurer la variation plutôt que prétendre compter les animaux.
Deux maladies que le chasseur doit savoir reconnaître
Le lièvre est sensible à l'EBHS, le syndrome du lièvre brun européen, maladie virale qui peut effondrer une population sans signe préalable. Il est aussi porteur possible de la tularémie, zoonose transmissible à l'homme par contact avec l'animal ou ses viscères.
Deux réflexes en découlent : éviscérer avec des gants, ne jamais manipuler à mains nues un animal trouvé mort ou anormalement lent, et signaler les mortalités inhabituelles à la fédération départementale, qui alimente le réseau national de surveillance sanitaire de la faune sauvage.
À la casserole
La viande du lièvre est sombre, dense et franchement typée. Le jeune de l'année se prête au râble rôti rosé et aux cuisses en cocotte ; l'adulte demande une cuisson longue, civet monté au sang ou lièvre à la royale. Quelques jours de repos au frais suffisent à assouplir la chair, sans le faisandage d'autrefois.
Les autres fiches d'espèces et de modes de chasse sont réunies dans notre rubrique consacrée aux techniques de chasse.
Questions fréquentes
- Le lièvre est-il soumis à un plan de chasse ?
- Non. Le plan de chasse légal est réservé au grand gibier. Le lièvre relève du prélèvement maximal autorisé, défini dans le schéma départemental de gestion cynégétique et repris chaque année par l'arrêté préfectoral d'ouverture et de clôture. Les modalités concrètes, carnet, bracelets ou jours de chasse limités, varient donc d'un département à l'autre.
- Pourquoi les densités varient-elles autant d'une commune à l'autre ?
- Parce que le lièvre dépend d'une combinaison locale : nourriture verte et couvert bas au même endroit, calendrier des travaux agricoles, pression de prédation et niveau de prélèvement. Une commune riche en bandes enherbées et en jachères broyées tardivement peut porter plusieurs fois la population d'une commune voisine entièrement cultivée.
- Que faire d'un lièvre trouvé mort sur le territoire ?
- Ne pas le manipuler à mains nues et prévenir la fédération départementale des chasseurs, qui alimente le réseau national de surveillance sanitaire de la faune sauvage. Une mortalité groupée peut signaler un épisode d'EBHS, et un animal isolé peut porter la tularémie, transmissible à l'homme.
- Le lièvre se chasse-t-il utilement au chien d'arrêt ?
- C'est possible mais peu efficace. Le lièvre supporte mal l'arrêt, décolle souvent avant que le chasseur soit à portée et exploite le moindre relief pour se soustraire. Les chiens courants de petite taille, menant à la voix, restent nettement mieux adaptés à un animal qui tourne sur son domaine.
- Faut-il encore faisander le lièvre ?
- Le faisandage poussé n'a plus cours. Quelques jours de repos au frais, animal vidé, suffisent à assouplir la chair et à développer le goût. Un jeune de l'année se contente de très peu et supporte le râble rôti rosé ; un adulte réclame surtout une cuisson longue, civet ou préparation à la royale.
En résumé
- Le lièvre est un animal de plaine sans abri, dont la survie dépend du couvert bas laissé par l'agriculture autant que de la pression de chasse.
- Retarder le broyage des jachères en période de mise bas produit plus de lièvres que n'importe quelle mesure de prélèvement.
- Le PMA n'a de sens que s'il s'appuie sur un suivi pluriannuel, la superfétation de la hase permettant des reconstitutions rapides mais irrégulières.
- La chasse devant soi au chien courant reste le mode de référence, et c'est la conduite du chien, non l'arme, qui y fait la différence.
- Gants à l'éviscération et signalement des mortalités inhabituelles sont la contrepartie sanitaire de cette chasse.