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Sauté de sanglier aux coings et au genièvre

Sauté de sanglier aux coings et au genièvre
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Le coing mûrit en septembre et en octobre, au moment précis où les premières battues rapportent du sanglier. La rencontre n'a rien de fortuit : la chair acide et parfumée du fruit répond à une viande franche, que l'on dessert trop souvent en la noyant de vin et d'épices. Ce sauté demande deux heures et demie de mijotage et une nuit de marinade, mais presque aucune surveillance.

Le morceau commande la cuisson, pas l'inverse

Un sauté se fait avec du muscle travaillant : collier, épaule, jarret. Ces morceaux sont riches en collagène, qui se transforme en gélatine au-delà de deux heures de cuisson douce et donne au plat sa texture soyeuse. Le cuissot, plus maigre, y deviendrait filandreux.

MorceauCuisson qui lui convientDurée indicative
Collier, épaule, jarretSauté, civet, braisé2 h 30 à 3 h
Cuissot, gigotBraisé entier, jamais rôti rosé3 h à 3 h 30
Filet, noix de côtesPoêlé à couvert, cuit à cœur15 à 20 min
Poitrine, bas morceauxTerrine, ragoût2 h et plus

L'âge de l'animal compte autant que le morceau. Une bête de plus de deux ans exige la marinade complète ; un marcassin de l'année s'en passe et cuit en moins de deux heures. Les modes de chasse et la gestion de l'espèce sont détaillés dans notre fiche consacrée au sanglier.

Avant la casserole : la trichine n'est pas une précaution facultative

Le sanglier est la principale source de trichinellose humaine en France. L'Anses rappelle que la congélation domestique ne détruit pas Trichinella britovi, l'espèce présente sur le territoire, qui résiste au froid : un congélateur de ménage n'offre aucune garantie. Deux voies protègent réellement le consommateur.

  • L'analyse en laboratoire d'un échantillon de muscle, obligatoire dès que la venaison est cédée ou commercialisée, et vivement conseillée pour la consommation familiale.
  • Une cuisson à cœur à 71 °C, température à laquelle, selon l'Anses, les larves sont détruites. Un sauté mijoté deux heures et demie dépasse largement ce seuil.

La cession d'une venaison suppose par ailleurs un examen initial par un chasseur formé, dont la fiche a récemment changé de support : nous en avons détaillé les conséquences dans notre article sur la fiche d'examen initial passée au numérique.

Un sauté longuement mijoté met la viande hors de portée de la trichine. Un rôti de sanglier servi rosé, non.

Ce qu'il faut, pour six personnes

  • 1,5 kg de collier ou d'épaule de sanglier désossée, taillée en cubes de 4 cm
  • 3 coings mûrs, soit environ 700 g avant épluchage
  • 2 oignons, 2 carottes, 3 gousses d'ail
  • 75 cl de vin rouge tannique et 10 cl de vinaigre de cidre
  • 12 baies de genièvre, 3 branches de thym, 2 feuilles de laurier, 6 grains de poivre noir
  • 40 g de saindoux, 30 g de farine, 1 cuillère à soupe de miel de châtaignier, sel

Préparation : 40 minutes. Marinade : 12 heures. Cuisson : 2 h 30.

La marche à suivre

  1. Parer sans indulgence. Les aponévroses argentées et le gras jauni portent l'essentiel du goût fort reproché au sanglier. Un quart d'heure de couteau change le plat.
  2. Mariner douze heures au frais dans le vin, le vinaigre, les oignons émincés, les carottes en rondelles, le genièvre écrasé, le thym, le laurier et le poivre. Pas de sel : il ferait rendre son eau à la viande.
  3. Égoutter et sécher les cubes au torchon. Filtrer la marinade, garder le liquide et les légumes séparément.
  4. Saisir par petites poignées dans le saindoux très chaud. Une cocotte surchargée fait bouillir la viande au lieu de la colorer, et la coloration est ce qui donnera sa profondeur à la sauce.
  5. Singer : farine sur la viande, deux minutes à feu vif en remuant, puis mouiller avec la marinade filtrée, ajouter les légumes, l'ail écrasé et le miel. Le liquide doit couvrir à hauteur.
  6. Mijoter deux heures à couvert, à frémissement à peine visible. Une ébullition franche resserre les fibres et assèche le morceau.
  7. Ajouter les coings pelés, épépinés et coupés en quartiers après une heure et quart de cuisson. Plus tôt, ils se défont en compote ; plus tard, ils restent crus au cœur.
  8. Découvrir la cocotte les trente dernières minutes pour réduire la sauce, puis saler et rectifier l'acidité d'un filet de vinaigre si le miel a pris le dessus.

Pourquoi le coing plutôt que la pomme

La pomme fond et sucre ; le coing tient et acidifie. Sa pectine, très abondante, lie la sauce sans ajout de liaison finale, et son acide malique découpe le gras du bouillon comme le ferait un trait de vinaigre, mais sans la brutalité. C'est exactement ce que réclame une viande de chasse mijotée, dont le défaut habituel est la lourdeur et non la fadeur.

Le plat gagne à être préparé la veille et réchauffé doucement : la gélatine se redistribue et les quartiers de coing absorbent la sauce. Il se sert avec une purée de céleri-rave ou des pâtes fraîches, jamais avec un accompagnement sucré qui doublerait le miel. Cette valorisation de la venaison, longtemps négligée en France, fait l'objet d'un mouvement de fond que nous avons raconté dans notre article sur la reconnaissance gastronomique de la venaison.

Recommandations sanitaires d'après l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses).

Questions fréquentes

Peut-on remplacer les coings par un autre fruit si la saison est passée ?
Oui, à condition de conserver l'acidité et la tenue. Les poires fermes de type conférence conviennent, ajoutées trente minutes avant la fin plutôt qu'à mi-cuisson car elles fondent plus vite. Les pruneaux trempés fonctionnent également mais sucrent davantage : il faut alors supprimer le miel de la recette.
La marinade sert-elle vraiment à attendrir la viande ?
Non, c'est une idée répandue mais inexacte. Le vin pénètre de quelques millimètres seulement et n'attendrit pas les fibres profondes. Ce qui attendrit, c'est la cuisson longue à basse température, qui dissout le collagène. La marinade parfume et modifie le goût de surface, ce qui reste utile sur une bête âgée.
Comment savoir si un sanglier est vieux quand on n'a pas assisté au tableau ?
La couleur et la texture de la chair donnent une indication fiable : un marcassin donne une viande claire, presque rosée, aux fibres fines, tandis qu'une bête âgée présente une chair sombre, dense, aux faisceaux musculaires nettement visibles. L'odeur prononcée à cru est aussi un signe d'animal âgé ou d'un mâle prélevé en période de rut.
Faut-il faire dégorger la viande dans l'eau vinaigrée avant de la cuisiner ?
Cette pratique ancienne visait des venaisons mal refroidies et souvent faisandées. Sur une viande correctement éviscérée, refroidie rapidement et maturée au froid, elle n'apporte rien et délave la chair. Un parage sérieux et une marinade classique suffisent largement.
Peut-on cuisiner ce sauté au four plutôt que sur le feu ?
Oui, et le résultat est souvent plus régulier. Après avoir singé et mouillé, la cocotte couverte se met au four à 140 °C pour la même durée. La chaleur enveloppante évite les points chauds du fond de cocotte et supprime le risque d'attacher, au prix d'une réduction finale qu'il faudra faire à découvert sur le feu.

En résumé

  • Ce sauté demande 40 minutes de préparation, une nuit de marinade et 2 h 30 de cuisson pour six personnes.
  • Le parage soigneux des aponévroses et du gras jauni retire l'essentiel du goût fort qu'on reproche au sanglier.
  • La cuisson longue met la viande hors de portée de la trichine, ce qu'un rôti servi rosé ne fait pas.
  • Le coing apporte la pectine qui lie la sauce et l'acidité qui découpe le gras, là où la pomme ne ferait que sucrer.
  • Chaque morceau appelle sa cuisson : le cuissot se braise, le filet se poêle à couvert, les bas morceaux vont en terrine.