Alouette aux pantes : 98 702 oiseaux proposés pour 2026-2027, une saison déjà entamée
Quelques jours après la décision du Conseil d'État, le ministère de la Transition écologique a mis en ligne le texte que les pantayres du Sud-Ouest attendaient. Un projet d'arrêté fixe les quotas de capture de l'alouette des champs aux pantes pour la saison 2026-2027. Il est soumis à consultation publique du 9 au 29 octobre 2026, selon la page officielle du ministère, qui affichait 3 972 contributions le 15 octobre.
Le contenu du projet est court. Son calendrier, en revanche, pèse lourd sur une saison qui a déjà commencé.
Un plafond global reconduit à l'identique
Le projet fixe le nombre maximal d'oiseaux capturables dans chacun des quatre départements où la pratique est autorisée. D'après la note de présentation du ministère datée du 6 octobre, les plafonds se répartissent ainsi :
| Département | Quota 2026-2027 proposé | Part du total |
|---|---|---|
| Landes | 56 672 | 57,4 % |
| Gironde | 38 600 | 39,1 % |
| Pyrénées-Atlantiques | 2 200 | 2,2 % |
| Lot-et-Garonne | 1 230 | 1,2 % |
| Total | 98 702 | 100 % |
Parts calculées par la rédaction. Le total est strictement égal à celui de la campagne 2025-2026, qui s'élevait déjà à 98 702 alouettes selon les éléments du dossier contentieux rapportés par le cabinet Gossement Avocats le 3 octobre.
Le ministère justifie ces plafonds par le critère des « petites quantités » de la directive Oiseaux, que la Cour de justice de l'Union européenne interprète comme moins de 1 % de la mortalité naturelle de l'espèce. Les quotas résultent, selon la note, d'une concertation locale, de l'analyse des prélèvements antérieurs et des données de population.
Ce que le Conseil d'État a rendu possible
Ce projet découle directement de la décision n° 507798 du 2 octobre 2026. Le Conseil d'État y a rejeté les recours de One Voice et de la LPO contre l'arrêté-cadre du 28 août 2025 et contre l'arrêté de quotas pris le même jour. Le juge a estimé réunies les trois conditions de la dérogation européenne : sélectivité, petites quantités et absence d'autre solution satisfaisante, comme nous le détaillions dans notre article sur la validation des arrêtés sur l'alouette aux pantes par le Conseil d'État.
Faute de nouveau quota annuel, cette victoire juridique ne permettait pas, à elle seule, de relancer une campagne. Le texte en consultation vient combler ce vide.
Une saison qui se joue à quelques semaines
C'est ici que le calendrier devient déterminant. L'arrêté-cadre limite la capture à la période du 1er octobre au 20 novembre. Or le projet doit encore franchir plusieurs étapes après la clôture de la consultation :
- la fin de la consultation publique, le 29 octobre ;
- l'examen par le Conseil national de la chasse et de la faune sauvage, obligatoire au titre de l'article L. 421-1 A du code de l'environnement ;
- la signature puis la publication au Journal officiel.
Entre la clôture de la consultation, le 29 octobre, et la fermeture, le 20 novembre, il reste au mieux trois semaines de campagne.
Dans le meilleur des cas, les pantes ne seront donc tendues que pendant la seconde moitié de la période légale. Le moindre retard de publication raccourcirait encore une saison dont la première moitié est d'ores et déjà perdue.
Les règles de terrain ne bougent pas
Le projet ne modifie pas l'arrêté-cadre du 28 août 2025, publié au Journal officiel du 2 septembre 2025. Les conditions de pratique restent donc celles-ci :
- une autorisation individuelle annuelle délivrée par le président de la fédération départementale, avec l'accord du détenteur du droit de chasse ;
- un permis de chasser validé et une formation fédérale attestée, à présenter sur l'installation ;
- trois paires de filets au plus par installation, chaque filet limité à 50 m², mailles d'au moins 27 mm, à 20 mètres maximum de la cabane ;
- des filets déclenchés à la main, après identification formelle de l'alouette, et neutralisés chaque nuit ;
- la déclaration des captures et l'interdiction de toute commercialisation.
Seule nouveauté du projet : son article 2 permet de relâcher 1 % des oiseaux capturés, porteurs d'un marquage ou d'un dispositif de suivi posé par des personnes habilitées.
Un dossier qui reste ouvert
Le débat de fond n'est pas clos pour autant. La LPO avait annoncé son intention de porter la question au niveau européen, et l'alouette reste classée « quasi menacée » sur la liste rouge française, quand l'Europe la range en « préoccupation mineure ». Les autres chasses traditionnelles du Sud-Ouest suivent le dossier de près, à commencer par les pantes et pantières à palombes, dont le cadre national était lui aussi en consultation. L'ensemble de nos analyses figure dans la rubrique réglementation de la chasse.
D'après le ministère de la Transition écologique (consultation publique et note de présentation du 06/10/2026), le Conseil d'État (décision n° 507798 du 02/10/2026), le Journal officiel du 02/09/2025 et Le Chasseur Français (13/10/2026).
Questions fréquentes
- Peut-on tendre ses pantes avant la publication de l'arrêté de quotas ?
- L'arrêté-cadre du 28 août 2025 renvoie à un arrêté annuel le soin de fixer le nombre maximal d'oiseaux capturables. Tant que ce plafond n'est pas publié pour 2026-2027, la campagne n'a pas de quota de référence. Le plus sûr est d'attendre la publication au Journal officiel et la confirmation de sa fédération départementale.
- Comment le quota départemental est-il suivi en cours de saison ?
- Chaque pantayre tient un état de ses captures et les enregistre dans l'application de déclaration prévue par le code de l'environnement. À défaut, il transmet une copie de son carnet à sa fédération dans les sept jours. C'est ce cumul qui permet de vérifier que le plafond du département n'est pas dépassé.
- Un chasseur peut-il tirer les alouettes depuis son poste de pantes ?
- Non. Du 1er octobre au 20 novembre, la chasse à tir de l'alouette des champs est interdite à partir des sites de pantes. Les deux modes ne se cumulent pas sur un même emplacement pendant la période de capture.
- À quoi sert le relâcher de 1 % d'oiseaux marqués ?
- Le projet autorise à relâcher 1 % des alouettes capturées munies d'une bague ou d'un dispositif de suivi posé par des personnes habilitées. Ces données alimentent la connaissance des trajets migratoires, sur laquelle repose l'appréciation du caractère « petites quantités » des prélèvements.
En résumé
- Après la validation des arrêtés de 2025 par le Conseil d'État, le ministère reconduit le même volume global de captures, réparti sur quatre départements du Sud-Ouest.
- La campagne 2026-2027 dépend d'un calendrier serré : consultation jusqu'au 29 octobre, avis du Conseil national de la chasse et de la faune sauvage, puis publication au Journal officiel avant la fermeture du 20 novembre.
- Les conditions de pratique ne changent pas : autorisation individuelle annuelle, formation fédérale, trois paires de filets au plus, déclaration des captures et interdiction de vente.
- Le contentieux reste ouvert à l'échelle européenne, et le moindre retard de publication réduirait d'autant une saison déjà amputée.