Var : le premier arrêté qui fermerait les zones brûlées, sauf au sanglier
La préfecture du Var a mis en consultation un projet d'arrêté qui interdirait la chasse dans les secteurs boisés parcourus par les incendies de l'été, à trois semaines de l'ouverture générale fixée au 13 septembre. Le texte ménage une exception notable : la battue au sanglier resterait autorisée. Après plusieurs semaines de fermetures décidées par les fédérations elles-mêmes, c'est la première fois cet été qu'un préfet s'apprête à écrire lui-même la règle sur un massif brûlé.
Un projet d'arrêté motivé par le repeuplement du petit gibier
Selon Var Actu, qui a détaillé le projet le 20 août 2026, l'arrêté en préparation vise à interdire la chasse « dans les secteurs boisés incendiés », avec pour objectif affiché par les services de l'État « de favoriser le repeuplement par le petit gibier des zones incendiées ». L'information avait été donnée la veille par franceinfo, à partir des indications de la préfecture.
Le périmètre découle principalement du feu du Gros Bessillon, parti le 21 juillet 2026 et désormais éteint. Var Actu chiffre son emprise à 6 300 hectares parcourus, dont 5 700 hectares brûlés, sur sept communes : Pontevès, Correns, Cotignac, Carcès, Montfort-sur-Argens, Châteauvert et Barjols.
6 300 hectares parcourus par le feu du Gros Bessillon, dont 5 700 hectares brûlés sur sept communes varoises, selon Var Actu le 20 août 2026.
Le sanglier exclu de l'interdiction, et la raison est agricole
L'exception inscrite dans le projet ne tient pas au statut de l'espèce mais aux dégâts qu'elle cause. Le texte ne s'appliquerait pas, écrit la préfecture citée par Var Actu, « à la chasse au sanglier en battue afin de permettre la poursuite de la régulation de la population de sangliers dans le département ». La justification est explicite : ces animaux sont responsables de nombreux dégâts dans les cultures, « notamment en cette période de vendanges », et davantage encore dans les exploitations situées en lisière des massifs incendiés.
Le raisonnement se comprend sur le terrain. Un massif brûlé ne retient plus les sangliers : privés de couvert et de nourriture, ils se reportent sur les cultures de bordure, au moment précis où le raisin arrive à maturité. Suspendre la battue concentrerait la pression sur les vignes voisines, quand le petit gibier, lui, ne peut rien reconstituer si on le prélève sur des terrains nus.
Trois façons de fermer un massif brûlé, trois portées différentes
Cet été a vu se succéder des mesures de nature juridique très différente, souvent confondues sous le même mot de « fermeture ». Elles n'engagent pourtant ni les mêmes autorités ni les mêmes durées.
| Voie employée | Qui décide | Portée |
|---|---|---|
| Fermeture volontaire | La fédération départementale des chasseurs | Engagement interne, sans valeur d'arrêté |
| Suspension d'urgence après incendie | Le préfet, au titre de l'article R424-3 du code de l'environnement | Dix jours au maximum, renouvelables |
| Arrêté soumis à la commission départementale | Le préfet, après consultation de la CDCFS | Vise la saison, opposable dès publication |
Le Var emprunte la troisième voie, et c'est ce qui distingue ce projet des décisions prises jusqu'ici. La fermeture du petit gibier décidée par les chasseurs des Pyrénées-Orientales après l'incendie de Trévillach émanait de la fédération, non d'un arrêté. Et le pouvoir de suspension d'urgence dont dispose le préfet en cas d'incendie se compte en dizaines de jours, ce qui ne couvrirait pas une saison entière.
Une semaine de consultation avant signature
Le projet n'est pas encore un arrêté. Il doit d'abord passer devant la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage (CDCFS), à laquelle il est « soumis, durant une semaine, à la consultation des membres », indique la préfecture citée par Var Actu. Cette instance ne réunit pas que l'État et les chasseurs : y siègent aussi des scientifiques, des agriculteurs et des représentants d'associations de protection de la faune. Trois positions s'y affrontent, toutes exprimées publiquement ces derniers jours :
- La fédération des chasseurs du Var, dont le président Laurent Faudon a défendu le 19 août sur ICI Provence le maintien de la chasse au grand gibier dans les zones brûlées — « si on ne chasse pas, il y aurait beaucoup de dégâts » —, tout en indiquant avoir lui-même proposé au préfet une suspension d'un an du petit gibier sur ces secteurs. Le lendemain, sur RMC, il déclarait accepter la décision.
- L'ASPAS, qui a saisi les préfets de 44 départements pour exiger la suspension de toute activité de chasse dans les territoires gravement touchés par les incendies, les canicules et la sécheresse, rapporte Var Actu.
- Les services de l'État, qui arbitrent entre reconstitution du petit gibier et pression agricole du sanglier.
Ce que le chasseur varois doit vérifier avant le 13 septembre
Tant que le texte n'est pas signé et publié, rien n'est opposable. Mais une consultation d'une semaine ouverte autour du 20 août laisse le temps d'une publication avant l'ouverture. Trois points méritent alors d'être vérifiés plutôt que déduits du communiqué.
- Le périmètre exact annexé à l'arrêté : ces interdictions se définissent par des limites cartographiées, commune par commune, et non par la seule mention « zone brûlée ».
- Les modes de chasse visés, la battue au sanglier étant la seule à échapper au texte tel qu'il est décrit.
- Les territoires de report, à voir avec sa société de chasse, comme cela s'est organisé dans les Pyrénées-Orientales.
Reste la question que ce projet ne tranche pas : combien de temps un massif brûlé doit rester fermé pour que le petit gibier s'y réinstalle. Les dispositifs de mesure de la repousse installés dans les Landes apporteront des éléments de réponse que les arrêtés de cet été ont dû anticiper sans les attendre. Les autres décisions préfectorales de la saison sont suivies dans notre rubrique consacrée à la réglementation de la chasse.
D'après Var Actu, 20/08/2026 ; franceinfo, 19/08/2026 ; RMC, 20/08/2026.
Questions fréquentes
- Un arrêté préfectoral peut-il interdire la chasse pendant toute une saison ?
- Oui, dès lors qu'il ne s'agit pas de la suspension d'urgence prévue après un incendie, laquelle est bornée à dix jours renouvelables. Un arrêté de portée saisonnière passe par la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et s'applique jusqu'au terme qu'il fixe lui-même.
- Pourquoi maintenir la battue au sanglier sur un massif brûlé ?
- Parce que le sanglier chassé du couvert incendié se reporte sur les cultures voisines, notamment les vignes en période de vendanges. Suspendre la battue transférerait la pression sur les exploitations de lisière, alors que le petit gibier, lui, a besoin d'être épargné pour se réinstaller.
- Comment savoir si mon territoire est concerné ?
- Il faut attendre la publication de l'arrêté et lire son annexe cartographique. Ces textes délimitent des secteurs précis, commune par commune, et non l'ensemble d'un département. La mairie, la société de chasse et la fédération départementale relaient habituellement ces périmètres.
- Que se passe-t-il pour les chasseurs privés de territoire ?
- Aucune indemnisation n'est prévue par ce type d'arrêté. La pratique observée ailleurs consiste à organiser un accueil sur des territoires voisins, en accord avec les sociétés de chasse concernées, le temps que la zone brûlée se reconstitue.
- Un avis défavorable de la commission départementale bloque-t-il l'arrêté ?
- Non. La CDCFS rend un avis consultatif et le préfet peut signer malgré un avis défavorable. En revanche, l'absence de consultation ou une motivation insuffisante constituent des moyens régulièrement soulevés devant le juge administratif contre les arrêtés de chasse.
En résumé
- Le Var s'apprête à devenir le premier département où l'État, et non la fédération, ferme un massif brûlé à la chasse.
- L'exception accordée à la battue au sanglier montre que la mesure vise la reconstitution du petit gibier, et non la mise au repos de toute la faune.
- Le passage devant la CDCFS reste une étape réelle : le périmètre et la liste des modes de chasse concernés peuvent encore bouger.
- Pour le chasseur, l'information utile ne sera pas le communiqué mais la carte annexée à l'arrêté, qui fixe commune par commune ce qui est fermé.
- La durée nécessaire au retour du petit gibier sur un terrain nu reste, elle, sans réponse chiffrée à ce stade.