Le CHU de Lille attribue 631 hectares de chasse hors adjudication
Le foncier est le premier obstacle du chasseur de petit gibier en périphérie d'agglomération : il y a peu de surface disponible, beaucoup de candidats, et un mode d'attribution qui fait grimper les loyers d'une saison sur l'autre. La décision prise par le CHU de Lille sur son patrimoine agricole prend le problème par l'autre bout.
Trente-six lots signés fin juillet, applicables au 1er août
Selon Chasse Passion, le 1er août 2026, l'établissement hospitalier et la fédération départementale des chasseurs du Nord ont conclu un accord portant sur 631 hectares découpés en trente-six lots. La signature est intervenue le 28 juillet 2026, et les conventions ont pris effet le 1er août 2026, au moment même où s'ouvrait la campagne. Les discussions étaient engagées depuis avril 2026.
Deux noms figurent au bas de ces documents : Simon Régin, président de la fédération des chasseurs du Nord, et Christelle Puchois, cheffe du service de la dotation immobilière du CHU. Les trente-six lots ont tous trouvé un attributaire.
631 hectares, trente-six lots, des conventions de trois ans à tarif fixe : le CHU de Lille a remplacé une vente au plus offrant par un cahier des charges.
Pourquoi l'adjudication pousse les loyers vers le haut
Le mécanisme abandonné mérite d'être décrit, parce qu'il structure encore l'essentiel de la location de chasse sur foncier public. Dans une adjudication, le propriétaire annonce un lot et retient l'offre la plus élevée. Le critère est unique, automatique et parfaitement transparent — c'est d'ailleurs ce qui en fait la solution par défaut d'une administration soucieuse d'égalité de traitement.
Ses effets, eux, sont moins neutres :
- le prix monte tant qu'il reste deux candidats, indépendamment de ce que le territoire peut produire ;
- le gagnant est celui qui a la trésorerie la plus solide, pas nécessairement celui qui connaît le secteur ;
- un bail court remis en jeu régulièrement dissuade tout investissement dans l'habitat, puisque le locataire n'est pas sûr de récolter ce qu'il a semé ;
- la société de chasse locale, adossée à des cotisations modestes, part avec un handicap structurel face à un candidat extérieur.
Ce que le tarif fixe change concrètement
En passant à un tarif identique à l'hectare, le CHU déplace la sélection : puisque tout le monde paie le même prix, le choix se fait sur autre chose. C'est là que le propriétaire retrouve la main sur l'usage de son sol, et que la gestion des territoires de chasse cesse d'être un simple sous-produit d'une enchère.
| Critère | Adjudication annuelle | Convention triennale à tarif fixe |
|---|---|---|
| Sélection | Montant proposé | Respect du cahier des charges |
| Horizon du locataire | Une saison | Trois saisons |
| Effet sur le loyer | Hausse à chaque remise en jeu | Stabilité sur la durée |
| Investissement dans l'habitat | Peu rationnel | Amortissable |
Pour le petit gibier, la durée compte davantage que le prix. Un couvert d'hiver, une bande enherbée ou une haie replantée ne produisent rien la première année. Nos lecteurs qui suivent l'intérêt de retarder le broyage des jachères pour la petite faune connaissent l'ordre de grandeur : ces mesures se jugent sur deux à trois cycles de reproduction, ce qu'un bail d'un an interdit par construction.
Un dossier de foncier de plus, après l'engrillagement
L'affaire lilloise s'inscrit dans une série de dossiers où la question posée n'est pas celle des espèces mais celle de l'accès au sol. La suppression programmée des clôtures en Sologne, avec l'obligation de faire tomber les grillages avant le 1er janvier 2027, relevait déjà de cette logique : ce sont les règles du foncier, et non les arrêtés d'ouverture, qui déterminent où et comment on chasse.
La différence tient au levier employé. En Sologne, c'est la loi qui a tranché. Dans le Nord, c'est un propriétaire qui a modifié sa propre pratique contractuelle, sans qu'aucun texte ne l'y oblige. Le second chemin est plus rapide, mais il est réversible : rien ne garantit la reconduction au terme des trois ans.
Les limites à garder en tête
Trois réserves méritent d'être posées. D'abord, le montant du tarif à l'hectare n'a pas été rendu public : impossible de dire s'il est inférieur, égal ou supérieur au niveau atteint par les dernières adjudications. Ensuite, la nature exacte des engagements demandés aux attributaires n'a pas été détaillée, alors que c'est précisément sur ce point que se jouera la portée réelle de l'accord. Enfin, 631 hectares répartis en trente-six lots donnent des unités d'environ dix-sept hectares en moyenne : à cette échelle, la gestion du petit gibier suppose une coordination entre lots voisins, faute de quoi chacun travaille sur une surface trop petite pour peser.
Reste l'essentiel : un propriétaire public a démontré qu'il pouvait arbitrer autrement que par le prix, et qu'un interlocuteur fédéral organisé suffisait à rendre l'exercice praticable.
D'après Chasse Passion, 01/08/2026.
Questions fréquentes
- Un hôpital public peut-il louer un droit de chasse ?
- Oui. Un établissement public de santé gère un patrimoine immobilier et foncier, souvent hérité de legs anciens, et peut en louer l'usage. Le droit de chasse est un attribut du droit de propriété : le propriétaire peut l'exercer, le céder à titre gratuit ou le louer, y compris lorsqu'il s'agit d'une personne publique.
- Qu'est-ce qui distingue une adjudication d'une convention de gré à gré ?
- L'adjudication met le lot aux enchères et l'attribue au candidat qui propose le montant le plus élevé, sur un critère unique et automatique. La convention de gré à gré laisse au propriétaire la liberté de fixer ses conditions, notamment un tarif à l'hectare identique pour tous et des engagements de gestion. Le prix cesse alors d'être le critère de sélection.
- Trois ans, est-ce suffisant pour gérer du petit gibier ?
- C'est court mais exploitable. Une jachère favorable à la faune, une haie ou un couvert d'hiver produisent un effet visible dès la deuxième saison, alors qu'un bail d'un an ne laisse pas le temps de l'installer. En revanche, trois ans ne suffisent pas à juger d'une tendance de population, qui demande plusieurs cycles de reproduction et des comptages réguliers.
- Ce type d'accord s'applique-t-il ailleurs qu'à Lille ?
- Rien ne l'impose, mais rien ne l'interdit. Communes, hôpitaux, aéroports, sociétés d'autoroutes et établissements publics détiennent des surfaces importantes en périphérie urbaine. Chacun reste libre de son mode d'attribution : la démarche lilloise vaut comme précédent, pas comme règle.
- Le tarif à l'hectare est-il public ?
- Le montant n'a pas été communiqué dans les informations diffusées début août 2026. Seul le principe est connu : un tarif identique pour tous les lots, calculé à la surface, sans mise en concurrence sur le prix.
En résumé
- L'accord signé entre le CHU de Lille et les chasseurs du Nord ne se résume pas à un changement de tarif : il change la durée et le mode d'attribution du droit de chasse sur 631 hectares.
- Une adjudication annuelle sélectionne le candidat qui paie le plus ; une convention triennale à prix fixe sélectionne celui qui répond au cahier des charges du propriétaire.
- Trois ans restent une durée courte au regard des cycles de la petite faune, mais c'est assez pour installer des couverts, tenir un agrainage d'hiver et mesurer un résultat.
- Le vrai enseignement est qu'un propriétaire public peut arbitrer autrement que par le prix, à condition d'écrire ce qu'il attend et de disposer d'un interlocuteur capable de le porter.
- Reste à savoir si le modèle sera repris par d'autres détenteurs de foncier public périurbain, où l'accès au territoire est le premier obstacle des chasseurs de petit gibier.