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Renard dans le Doubs : chasseurs et naturalistes mesurent ensemble ce que change le statut ESOD

Renard dans le Doubs : chasseurs et naturalistes mesurent ensemble ce que change le statut ESOD
© CoeurDeChasse

Voir la fédération départementale des chasseurs, France Nature Environnement, la Ligue pour la protection des oiseaux et la FNSEA travailler sur le même protocole n'a rien d'ordinaire. Dans le Doubs, c'est pourtant le cas depuis 2021, autour d'une question que le débat national n'a jamais tranchée : le classement du renard roux parmi les espèces susceptibles d'occasionner des dégâts produit-il les effets qu'on lui prête ?

Le programme s'appelle Careli. Le média Vert en a détaillé le fonctionnement et les premiers enseignements le 16 août 2026, à l'occasion de la publication, fin juillet, d'une étude ethnographique du sociologue Simon Calla, de l'université Marie-et-Louis-Pasteur de Besançon, qui a suivi le dispositif de l'intérieur.

Une zone où le renard n'est pas régulé, une première

Le protocole s'énonce simplement. Deux territoires d'étude ont été arrêtés avec la préfecture, l'un en plaine, l'autre en moyenne montagne. Chacun a ensuite été coupé en deux moitiés. Dans la première, le renard reste classé ESOD et peut être piégé et détruit toute l'année. Dans la seconde, il est protégé — une configuration qu'aucun autre département n'avait instaurée à des fins d'étude, selon Vert (16/08/2026).

Ce découpage apporte ce qui manque presque toujours à la discussion : un témoin. Sans zone de comparaison, impossible de distinguer un effet de la régulation d'un simple effet du milieu, de la ressource alimentaire ou de l'année.

Chaque partenaire instruit le volet qu'il maîtrise

La seconde originalité tient à la répartition du travail. Plutôt que de confier la mesure à un tiers, chaque organisation documente le volet qu'elle connaît le mieux, sur des protocoles discutés et validés en commun.

OrganisationVolet suivi
France Nature EnvironnementPrédations recensées dans 231 élevages de volailles des secteurs étudiés
Fédération des chasseurs du DoubsComptages nocturnes de renards
Ligue pour la protection des oiseauxComptages diurnes d'oiseaux
Fredon Bourgogne-Franche-ComtéÉvolution des populations de campagnols et de tiques
FNSEA départementaleCommunication du programme

Une charte de neutralité a été signée par l'ensemble des participants pour tenir les polémiques nationales à distance des réunions de travail. Le détail de cette organisation est rapporté par Vert, 16/08/2026.

Ce que dit le premier volet de résultats

Le volet consacré aux dégâts en poulailler a été publié en juillet 2025 dans la revue Scientific reports. Sur les secteurs suivis, la pression de destruction exercée sur le renard ne se traduit ni par une population sensiblement plus faible, ni par des dommages moindres dans les élevages.

Dans les zones étudiées du Doubs, le classement ESOD ne fait baisser ni le nombre de renards, ni les dégâts constatés en poulailler.

Le facteur qui ressort, en revanche, est matériel : un poulailler correctement clos, partie haute et partie basse comprises, change la situation. Le constat rejoint celui établi à l'échelle nationale par le Muséum national d'histoire naturelle sur l'ensemble des espèces classées, rappelle Vert (16/08/2026).

Un paradoxe assumé par les six partenaires

La suite est plus inattendue. L'État reconduit pour trois ans le classement ESOD du renard dans le Doubs — et les partenaires du programme demandent eux-mêmes ce maintien. Non parce qu'ils jugent le statut pertinent en l'état, mais parce que sa disparition supprimerait le contraste entre les deux zones et priverait les volets restants de tout point de référence.

Les lectures divergent d'ailleurs sur le fond. Du côté naturaliste, l'absence d'effet sur les populations est présentée comme la démonstration attendue. Du côté cynégétique, on retient qu'une pratique sans incidence sur l'effectif d'une espèce n'a pas de raison d'être interdite pour ce motif. Le désaccord reste entier ; ce qui a changé, c'est qu'il porte désormais sur des chiffres partagés.

Pourquoi cela dépasse largement le Doubs

Le classement d'une espèce comme ESOD est prononcé par arrêté pris pour l'application de l'article R.427-6 du code de l'environnement, et il doit s'appuyer sur des motifs démontrés, département par département. C'est précisément sur cette exigence de démonstration que se concentre le contentieux, comme le montrent la contestation de la liste ESOD renouvelée en juillet 2026 et la série d'annulations obtenues cet été contre les arrêtés de vénerie sous terre du blaireau.

Careli produit exactement la matière que le juge administratif réclame : de la donnée locale, construite selon un protocole, contradictoire par nature puisque toutes les parties y ont contribué. Les fédérations qui devront demain défendre un classement devant un tribunal auront intérêt à disposer de l'équivalent, plutôt que d'un faisceau d'observations dispersées. La démarche rejoint celle qui a fait progresser le suivi du grand gibier par indicateurs de changement écologique : substituer une mesure répétable à une estimation d'usage.

Ce qu'il faut en retenir sur le terrain

  • Le renard reste classé ESOD dans le Doubs pour trois années supplémentaires, hors zone d'étude protégée.
  • Les périodes, moyens et obligations de déclaration demeurent ceux de l'arrêté applicable au département, à vérifier avant chaque campagne.
  • Pour un détenteur de volailles, la fermeture complète de la clôture est le levier le mieux documenté à ce stade.
  • Les volets campagnols, tiques et faune nicheuse restent à publier : les conclusions actuelles ne portent que sur les dégâts en élevage.

Reste à savoir ce que produira l'étude finale, attendue l'an prochain. Le programme aura au moins établi qu'un dossier réputé inflammable peut être instruit ensemble pendant six ans sans que la table se renverse.

D'après Vert, 16/08/2026.

Questions fréquentes

Le renard peut-il encore être piégé et détruit dans le Doubs ?
Oui, hors de la zone d'étude où il est volontairement protégé. Son classement parmi les espèces susceptibles d'occasionner des dégâts est reconduit pour trois ans dans le département. Les périodes, les moyens autorisés et les obligations de déclaration restent ceux de l'arrêté applicable, qu'il faut vérifier avant chaque campagne.
Pourquoi les partenaires demandent-ils le maintien d'un statut qu'ils jugent inadapté ?
Parce que le protocole repose sur la comparaison entre une zone régulée et une zone protégée. Si le classement disparaissait, le contraste disparaîtrait avec lui et les volets restants de l'étude perdraient leur point de référence. C'est un choix de méthode, pas une position sur le fond du dossier.
Une étude locale peut-elle être transposée à un autre département ?
Pas directement. Le classement ESOD s'apprécie département par département, en fonction des productions agricoles dominantes, des milieux et des densités locales. Careli montre surtout qu'une réponse chiffrée est possible là où le débat se tenait jusque-là sur des convictions.
Qu'est-ce qui reste à publier du programme ?
Les volets consacrés aux pullulations de campagnols, aux tiques et à l'état des populations d'oiseaux nicheurs au sol et de lièvres. Une étude finale sur ces autres enjeux du piégeage du renard est attendue l'an prochain, selon Vert, 16/08/2026.
Que peut faire un éleveur de volailles en attendant ?
Le premier volet de Careli désigne la protection matérielle du poulailler comme le facteur déterminant, en particulier la fermeture de la partie haute et de la partie basse de la clôture. C'est un levier immédiat, indépendant du statut réglementaire de l'espèce.

En résumé

  • Le programme Careli a substitué une mesure partagée à une controverse d'opinions : sur les secteurs suivis du Doubs, le classement ESOD du renard n'a pas fait baisser les populations ni les dégâts en poulailler.
  • Les partenaires n'en tirent pas la même conclusion, et le dispositif ne sera vraiment lisible qu'une fois publiés les volets campagnols, tiques et faune nicheuse, attendus l'an prochain.
  • Le classement du renard est reconduit trois ans dans le département : le piégeage et la destruction restent possibles hors de la zone témoin, dans les conditions fixées par l'arrêté applicable.
  • La portée dépasse le Doubs, parce que le contentieux ESOD se joue depuis des années sur la démonstration des dégâts, et que Careli produit précisément ce type de données.
  • Pour les fédérations, l'enseignement pratique est double : la protection matérielle des poulaillers pèse davantage que la pression de destruction, et une donnée de terrain organisée vaut mieux qu'un argumentaire.